Les évènements poussent quelquefois à la naissance de curieux slogans. La « distanciation sociale » en est un exemple : la distance, c’est ce qui sépare ; le social c’est ce qui relie. Parler de « distanciation sociale », a donc quelque chose d’aussi incongrue que de parler de « d’union séparatrice » ou de « dis-société ».

Dans le monde du travail, le chômage partiel, la réorganisation en équipe restreintes et décalées, le recours massif au télétravail, vont avoir fragilisé le sentiment d’appartenance collective à une entreprise de façon suffisamment sans précédent pour ne pas en rajouter. Pire encore, la distance qui sépare ceux qui auront continué à travailler-se surinvestissant bien souvent- d’avec ceux qui seront restés chez eux par peur ou par contraintes (comme les gardes d’enfants), aura installé une fracture dont on peut augurer qu’elle va être durable : il y a ceux qui auront été « au front », et les autres.

Or, s’il est une chose ô combien fragile dans l’entreprise, c’est la qualité des rapports entre les personnes. Il y aurait un grand danger à sous-estimer cette dimension : la fin du confinement ne sera pas le retour au travail après la pause estivale.

D’où l’incontournable recours à une analyse collective de la situation qui vient d’être vécue. Les chefs d’entreprises qui voudront faire l’économie d’une confrontation régulée et organisée de leurs équipes reconstituées courent le risque d’en payer le prix fort en « distanciation sociale » à fort goût de « conflit social ».

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