« La fascination pour la rationalisation technique du travail a dominé la gauche depuis un siècle et constitué un socle idéologique partagé avec la droite libérale. Non seulement elle a majoritairement adhéré à cet imaginaire de l’homme automate et à la pseudorationalisation techno-scientifique du travail, mais encore elle a fait sien le projet d’extension de la société toute entière du modèle de gouvernement de l’entreprise. Lénine voyait dans le taylorisme un « immense progrès de la science » (cf. J. Querzola, Léninisme et taylorisme) et la révolution bolchevique aurait selon lui atteint son but le jour où la « société toute entière ne sera plus qu’un seul bureau, un seul atelier » (idem).

« Cet imaginaire partagé éclaire les noces actuelles du capitalisme et du communisme, tant en Chine que dans l’Europe élargie. »

« Ce que l’on imagine être une organisation scientifique du travail n’a nullement disparu de nos jours. Elle a seulement changé de modèle… le modèle cybernétique de l’ordinateur. »

Alain Supiot, La Gouvernance par les nombres, Cours au Collège de France (2012-2014), Fayard, 2015, p. 42-43

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